L'appellation du village s'est modifiée au cours des siècles.

De PETRAPONS en 1198, à PETROPONS en 1258, puis PIERAPONT en 1371 pour finir en PERREPONT en 1423.

Certains pensent que ce nom viendrait du pont de pierre qui séparait le village de la localité de HAMEL.

 

En 1896, la superficie de la commune est de 430 hectares dont 257 en terres agricoles.

Différents lieux ont existé, à savoir :

- l'Esquelette du Haut

- le Moulin Conterel

- le Prieuré de Saint Riquier

- les Prés de Bétricourt

- les Prés d'Agumont

- le Bois de la Cure

- le Clos

- la Fontaine

- la Voie du Prieur

- l'Arbre des Coquins

- le Clos Madame

Différent sites dépendaient de Pierrepont :

- le Moulin de Conterel

- Rouverel, une partie de Pierrepont en 1375, disparue ensuite

- Saint Riquier, couvent des Cordeliers fondé en 1479

- la Cambuse située à 2,5 km du village, sur la route de Montdidier, détruite par un incendie en 1897.

 

La route Amiens-Compiègne qui traversait l'Avre à Pierrepont était une ancienne chaussée romaine.

 

La population était, en 1156, de 471 habitants même nombre au recensement de 1896 après avoir fluctué au cours des ans, passant de 225 en 1698 à 177 en 1770 puis de 456 en 1852 et 477 en 1891.

 

L'administration de la localité était entre les mains des seigneurs jusqu'à la Révolution.

Pierrepont dépendait du Baillage (1), de la Prévôté (2), de l'Election (3) et du Grenier à Sel (4) de Montdidier.

Après la Révolution, un nouveau tissu administratif fut créé et un agent fut nommé pour gourverner.

 

AGRICULTURE & RESSOURCES DU SOL

 

Il existait sur le territoire de Pierrepont une carrière d'argile et une sablière.

 

A la fin du XIXème siècle, l'agriculture se répartissait en surfaces cultivées  de la façon suivante :

- céréales :                                                                                                       200 hectares

- pommes de terre, betteraves fourragères, prairies artificielles :          40 hectares

- prairies naturelles :                                                                                         17 hectares

 

Le territoire agricole appartenait à 470 propriétaires qui se répartissaient en 18 exploitations dont 10 inférieures à 5 hectares.

La betterave sucrière n'était pas encore cultivée à Pierrepont à cette époque.

 

 

INDUSTRIE & COMMERCE

 

Au Moyen-Age, seuls les moulins à farine représentaient l'industrie.

A partir du XVIIIème siècle, on voit apparaître les premiers métiers à tisser.

Pierrepont s'est transformé principalement dans la seconde partie du XIXème siècle où l'industrie s'est particulièrement développée  avec

- une fabrique de montures de boutons de manchette qui employait 75 ouvrières et ouvriers

- une bonneterie

- quatre moulins à farine

- une brasserie

- une entreprise de battage à la vapeur

- une exploitation de tourbe

- une briqueterie

 

Le développement du commerce s'est également développé et on vendait :

 

- les produits agricoles

- les farines

- le sable

- la brique

 

et parallèllement, on pouvait acheter des produits de consommation, des engrais, des machines, de la houille.

La proximité de la gare d'Hargicourt-Pierrepont a beaucoup contribué à ce développement.

 

MOYEN AGE

 

Au Moyen-Age, Pierrepont était un village entouré de fortes haies et de fossés remplis d'eau. Le château-fort qui le défendait fut pillé et détruit pendant la Jacquerie en 1358. Il fut reconstruit mais en avril 1422, les Dauphinois attaquèrent Pierrepont, livrèrent plusieurs assauts contre le château mais sans succès.

 

 

SEIGNEURIE

 

La seigneurie de Pierrepont relevait de la Salle du Roi de Montdidier. Le premier seigneur connu est Raoul, comte de VERMANDOIS en 1150. A sa mort en 1152, son fils et ses filles possédèrent successivement ses domaines. La terre de Pierrepont fut vendue en 1183 à Simon DESPREAUX, sire de RAINEVAL.

La siegneurie de Pierrepont passa de famille en famille pendant plusieurs siècles, par successions ou mariages, et le dernier seigneur fut Louis François Gabriel, comte de CLERMONT TONNERRE, Chevalier de Saint Louis qui  l'acheta en mars 1771. Celui-ci avait épousé en 1761 Marie Elisabeth de FEVRE de MILLY dont il eut deux filles.

 

 

LE CHATEAU ET AUTRES EDIFICES

 

Le château-fort fut démoli pendant la Jacquerie en 1358. Il appartenait alors à Raoul de RAINEVAL et c'est Jean BOULENGER, bourgeois de Montdidier qui le fit piller et détruire. Il fut aussitôt reconstruit et les Dauphinois essayèrent vainement de le reprendre en 1422. Il ne  reste aucune trace de cet édifice.

 

Tout laisse supposer qu'il existait bien une maladrerie à PIerrepont dont il ne reste aucune trace de sa présence.

Des écrits en témoignent, par exemple "la Maladrerie prenait un muids de blé sur le moulin" et "les biens de la Maladrerie furent unis à l'Hôpital Saint Charles d'Amiens en 1697".

On note également la présence d'un bureau de Bienfaisance dans le village qui aurait alloué la somme de 250 francs en 1868 pour secourir les personnes nécessiteuses.

En février de cette même année, on dénombrait sur la commune 12 familles ayant besoin d'aide dont 10 pour salaire insuffisant de manouvriers pour nourrir 5 ou 6 personnes.

 

En 1828, une école de garçons a été construite financée par la location de marais pour tourbage.

Quant à l'école des filles dont la construction fut décidée en 1854, elle fut achevée en 1862. Elle était dirigée par deux religieuses.

On comptait en 1899, 110 écoliers à Pierrepont.

 

 

GUERRES - REVOLUTION

 

Les historiens n'ont pas rapporté tous les épisodes guerriers qui se sont déroulés. On peut citer :

Avril 1422 : les troupes de XAINTRAILLES et le Sire de MOUY (Dauphinois) attaquèrent Pierrepont alors entouré de fortes haies et de fossés remplis d'eau. Ces obstacles furent franchis par les Dauphinois qui occupèrent les maisons, livrèrent plusieurs assauts contre le chateau mais sans succès.

Plusieurs milliers de combattants, les Bourguignons, furent envoyés par Jean de LUXEMBOURG  qui parvinrent à chasser les XAINTRAILLES.

Pendant la période troublée des deux dernières décades du XVIIIème siècle, des tensions existent entre l'ancien pouvoir et les habitants.

Le Comte Louis François de CLERMONT TONNERRE écrit en 1790 au district de Montdidier pour se plaindre des habitants de la paroisse qui, armés de fusils, récoltent les fruits sur les arbres lui appartenant, ce qui n'était pas tout à fait exact. Ces arbres étaient plantés sur le bord des routes et chemins et en particulier sur la Route Royale de Montdidier.

Le garde, Laurent POITEVIN, accompagné de militaires dut à plusieurs reprises dresser des procès-verbaux.

Il fut reproché au maire de l'époque de ne pas réprimer ces délits et, au contraire, de les encourager.

Le partage des biens communaux entre les habitants fut décidé le 2 messidor an II, soit le 20 juin 1794.

 

- Le 24 mars 1814, les maisons de Pierrepont furent criblées de boulets par l'artillerie des Cosaques qui occupaient Montdidier. Une barricade élevée sur le pont de l'Avre les arrêta, mais ils tentèrent le passage de la rivière au Moulin Canterel, près de l'ancien couvent Saint Riquier.

- Le 29 mars 1918, la 166ème Division qui défendait Pierrepont fut débordée par l'armée allemande et contrainte au recul.

- Le 8 août 1918, la 152ème Division d'Infanterie reçoit l'ordre de traverser l'Avre, d'occuper Pierrepont et de se diriger vers Davenescourt par la rive gauche.

Le village est libéré ce 8 août après de durs combats. La plupart des constructions est touchée y compris l'église.

- Les 6 et 7 juin 1940, le village de Pierrepont fut écrasé malgré une belle défense des Tirailleurs marocains.

 

 

LA PAROISSE

Pierrepont était une paroisse du doyenné de Montdider, puis de Davenescourt en avril 1639.

Les décimateurs (qui avaient le droit de lever la dîme prélevée par l'Eglise sur les productions agricoles) étaient :

- l'Abbaye Sainte Corneille de COMPIEGNE puis l'Abbaye du Val de Grâce de PARIS en 1656 qui percevaient 1/3 des dimes.

- le Prieuré de Pierrepont qui recevait 2/3,

L'église de la paroisse était celle du Prieuré. L'édifice actuel, dont la construction fut décidée en 1838 ne fut achevée qu'en 1859 pour de multiples raisons :

     * recherche des fonds nécessaires à sa construction

     * après démolition de l'ancienne église qui se trouvait plus près du Hamel, on ne put la reconstruire sur le même lieu, le terrain nécessitant des consolidations de sol fort onéreuses. MM. DESPREAUX et CABOCHE donnèrent une de leur terre au lieu-dit "le jardin d'en haut".

C'est à cet endroit que les travaux débutèrent au mois d'aout 1854. Pendant la période de 1850 à 1859, le service religieux était célébré dans l'église du couvent des Cordeliers de Saint Riquier.

La première messe dans la nouvelle église fut célébrée le jour des Rameaux en 1859. Cette nouvelle église, dédiée à la Sainte Vierge, est entièrement construite en brique dans le style ogival.Son clocher, qui se trouve à l'entrée de la nef, est formé d'une haute tour quadrangulaire avec des contreforts en brique. Il est surmonté d'une flèche en charpente à quatre pans couverte d'ardoises.

L'édifice se compose d'une nef avec deux bas-côtés, d'un choeur et d'un sanctuaire. Entre la nef et chacun des bas-côtés, on trouve cinq piliers avec chapiteaux ornés de feuilles de vigne sculptées. Une boiserie recouvre les murs jusqu'à hauteur des fenêtres.

Sur le côté droit de la nef, on découvre :

     * dans l'angle, au dessus du confessionnal, une plaque en souvenir de l'abbé LEGER qui fut curé de 1847 à 1885.

     * le confessionnal

     * une chapelle dédiée à la Sainte Vierge avec une statue la représentant tenant l'enfant Jésus dans son bras gauche.

 

A l'extrémité du bas-côté gauche on trouve la chapelle dédiée àSaint Joseph.

 

Dans le choeur, deux stalles en bois non sculpté et, à hauteur des fenêtres, côté gauche, une statue équestre de Saint Martin.

 

Au-dessus du grand portail, à hauteur du clocher, une tribune a été aménagée.

L'orgue, aujourd'hui disparu, avait été inauguré en 1891, le lundi de Pâques. Cet instrument avait été donné par M. et Mme GUEDIN de Paris qui, le jour de l'inauguration, se chargèrent avec des amis venus de Paris, d'exécuter une messe du répertoire de la maîtrise de La Madeleine.

L'église a subi de graves dommages pendant chacune des deux dernières guerres.

 

Le prieuré de Notre Dame avait pour présentateurs l'abbé de Breteuil. Ce prieuré cité dès l'année 1256 se trouvait probablement à côté de l'église, située en 1777, dans les environs immédiats de l'actuel jardin de M. Claude PILLON.

Le couvent des Cordeliers de Saint RIQUIER s'appelait Notre Dame du Bon Repos. Le nom de Saint Riquier viendrait de la déformation de son vocable en latin "NOSTRA DOMINE DE BONA RIQUIE". Ce couvent fut fondé en 1479 par Jean III, sire de MAILLY et chambellan des rois Charles VIII et Louis XII mais les bâtiments n'auraient été édifiés qu'en 1505 par Valéran d'ONGNIES. Il était une annexe de l'abbaye de CORBIE.

On trouve un tracé possible du chemin qui reliait MONTDIDIER à CORBIE et desservait Saint Riquier : la voie traversait-elle la rivière Avre au moulin CONTEREL, puis les marais avant de rejoindre CONTOIRE et de le traverser ? On peut également imaginer un tracé plus direct à travers les marais, mais c'est plus improbable.

Peut-être longeait-il le marais pour rejoindre le moulin d'Agumont comme actuellement ?

 

En 1920, une quarantaine de squelettes des moines qui occupaient l'abbaye jusqu'à la Révolution ont été découverts.

A cette même époque, fut découverte une plaque mortuaire du Comte de MAILLY. Cela laisserait supposer que certains membres de  cette famille furent inhumés à cet endroit. La plaque, restaurée, a été scellée dans les murs de la Chapelle et bien que le texte ne soit plus lisible, on sait que seul le coeur de ce seigneur fut enterré à Saint Riquier.

Les bâtiments, reconstruits au XIXème siècle, ont été détruits lors de l'offensive de 1918 y compris la Chapelle qui, seule, a été remise en état après la guerre par M. BRANCHE. Des autres constructions, il ne subsiste qu'un pan de mur du bâtiment principal, une partie de la muraille d'enceinte très endommagée et le portail d'accès.

La Chapelle, reconstruite en brique et pierre comporte une crypte où sont déposés les cercueils des membres de la famille BRANCHE, propriétaire des lieux depuis le XIXème siècle.

Une procession avait lieu le Lundi de Pâques, depuis l'Eglise jusqu'à la Chapelle. Un cantique était chanté pendant cette procession qui relatait les évènements à l'origine de la création de cette dernière.

Le mercredi de la Pentecôte, on célébrait à Pierrepont la Fête de la Rose. On manque de détails sur le but de cette fête, mais deux hypothèses sont envisagées :

- encourager la vertu en couronnant les Rosières

- cérémonie organisée à l'occasion du prix général des archers, qui semble la plus plausible.

Les frais de ces réjouissances populaires étaient supportées par le Seigneur. Le 13 avril 1410, en présence du Bailli, il fut acheté à Montdidier : une bourse de velours, une ceinture, un couteau, une truffette (toile fabriquée en Picardie), une paire de gants et un chapeau pour la somme de 26 sous et destinés à être offerts en prix.

Le détail de ces prix permettent de penser qu'il s'agissait donc plutôt d'un concours entre archers.

Des musiciens étaient engagés pour la somme de 12 sous pour faire danser la population à cette occasion qui se terminait souvent, comme toutes les fêtes de village, en pugilat sous la surveillance des officiers seigneuriaux chargés de faire la police.

 

 

LEXIQUE

 

(1) : Le BAILLAGE

Etait dirigé par le Grand Bailli qui avait d'importantes fonctions. Il était chargé de rendre la justice, de conduire les hommes d'armes à la guerre et de recevoir les deniers du roi. Le Baillage fut supprimé par décret de l'Assemblée Nationale le 7 septembre 1790.

 

(2) : La PREVOTEE

Etait une subdivision du Baillage. Elle existait au XIIème siècle. Les fonctions du Prévôt étaient de deux natures : financières et juridiciaires. Il était chargé de la recette de certains droits appartenant au roi, de rendre la justice en son nom et de veiller à l'exécution des jugements. Ce corps se composait, en ce qui concerne Montdidier, comme suit :

- le Prévôt

- un lieutenant civil

- un assesseur

- deux conseillers

- un avocat

- un procureur

- un substitut

- un commissaire

- un receveur de consignations

- un greffier

- un huissier audiencier

- sept sergents

Un édit daté d'avril 1749 supprima toutes les prévôtés.

 

(3) : L'ELECTION

Avait une importance égale à celle du Baillage avec une juridiction plus étendue. En 1477, PERONNE, MONTDIDIER et ROYE ne formaient qu'une seule élection. C'est en octobre 1575 qu'Henri III donna à chacune de ces villes un "élu" particulier. L'Election de Montdidier comprenait alors 182 paroisses.

Les "élus" par les communes au départ mais nommés par le roi ensuite, étaient chargés plus spécialement de l'assiette et de la Taille (taxe versée par les paysans en échange de la protection du Seigneur). Ils en faisaient la répartition conjointement avec l'Intendant de Picardie et jugeaient toutes les difficultés auxquelles elle donnait lieu.

Ils connaissaient des affaires concernant les aides, les impositions sur les vins, les denrées et marchandises entrant dans les villes ainsi que celles relatives aux taxes établies avec les grains, le bois et les draps.

La solde des gens de guerre, le compte des fabriques, les réparations des églises, l'entretien des chemins, des ports et le péage des routes étaient de leur compétence.

 

(4) : Le GRENIER à SEL

Les gabelles furent établies sous PHILIPPE le BEL en 1290 et plus tard, en 1342, PHILIPPE de VALOIS institua les Greniers à Sel.

Le sel formait un des principaux revenus de la commune de Montdidier qui prélevait un droit sur chaque MINOT (le minot pesait 100 livres) vendu dans la ville.

Le Grenier à Sel de Montdidier était entièrement de "vente volontaire", c'est à dire que les habitants ne prenaient que la provision dont ils avaient besoin. Il existait, sur d'autres parties du territoire, des greniers d'impôt où les paroisses devaient enlever le sel normalement nécessaire à la consommation suivant le nombre d'habitants (achat obligatoire).

Le Grenier à Sel n'était pas seulement destiné à pourvoir le public de cette denrée. On désignait sous ce nom également un tribunal chargé de traiter toutes les affaires concernant la gabelle.

Le Grenier à Sel se composait d'un Président, d'un Grenetier, d'un Procureur du Roi, d'un Greffier, d'un Receveur de gabelle et plusieurs Huissiers.

L'administration locale était sous la seule autorité du Seigneur des lieux.


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